Nabil part en grève !

Le 13 février, il y a une grève générale dans tous les secteurs, dans un des pays les plus riches au monde : la Belgique.

Et moi, je vais rejoindre les rangs des grévistes. Là, vous vous dites : encore un militant syndical qui va nous parler de sa passion : la grève. Grosse erreur. Personne n’est là après le boulot à se dire : “oh, je ferais bien une petite grève, moi, la semaine prochaine.” Le 13 février, je ferai grève, parce que lorsqu’on regarde l’ensemble des richesses que nous créons en travaillant, sous la forme d’un gâteau, il n’arrête pas de grandir. Ben oui, d’année en année, le PIB augmente. Et à table, il y a deux types de mangeurs. Ceux qui bossent… et ceux qui profitent de leur capital. Oui, et on n’est pas du tout les mêmes.

En 1996, lorsqu’on regarde le gâteau, il y a 62,5% qui allaient à nous, les travailleurs. Aujourd’hui, ce n’est plus que 55%. C’est ça le problème : d’un côté, toujours plus de richesses produites par toujours plus de travailleurs, mais une part toujours plus petite qui leur revient. De l’autre côté, il y a ceux, moins nombreux, qui profitent des dividendes de leurs actions, de leur immobilier, de leur patrimoine, et qui accumulent toujours plus. Pourtant, si on divise l’ensemble des richesses créées par le nombre d’habitants en Belgique, on devrait être aujourd’hui être chacun individuellement 30% plus riches qu’il y a 20 ans. Mais la rémunération individuelle de chaque travailleur, de manière réelle, elle n’a augmenté que de 9% sur cette période. Et si on regarde sur ces dix dernières années, ce n’est que 0%. Et là, vous vous dites : ceux qui s’engraissent en ne laissant que des miettes, les grands patrons avec leurs actionnaires derrière, ils vont se calmer, ils vont lâcher du lest. Eh bien non. En 2016, ils ont réussi à pondre une loi qui calcule précisément la manière dont les salaires vont évoluer. Et le résultat est génial : que des miettes.

Et le problème, c’est que pour eux, il n’y a jamais de bon moment pour distribuer équitablement les richesses. Ni hier. Vous savez, hier, avec la neige,… Ni aujourd’hui. Non, aujourd’hui, pas envie. Ni demain. … Non. Je ferai grève parce que j’ai à peine plus de 30 ans, et qu’on m’oblige à travailler jusque 67 ans minimum, sans possibilité de diminuer mon temps de travail. Que ce soit pour me consacrer à des projets personnels, à ma famille, ou même avoir un accident de parcours. En fait, on m’ordonne de vivre pour travailler, au lieu de travailler pour vivre. Je ferai grève parce qu’on produit trop et on consomme trop. Et face à ça, on est aussi inégaux : il y a 20 ans, lorsque les 20% les plus pauvres dépensaient 100 euros, les 20% les plus riches, de leur côté, en dépensaient plus de 200. De nos jours, les plus riches en dépensent plus de 300. Ce gâteau, il ne pourra pas grandir jusqu’à l’infini. On sait bien que le système, comme ça, il est intenable. Et donc du coup, il va falloir le changer. Mais si on ne réclame pas notre juste part de gâteau, alors non seulement, le système est intenable, mais en plus, il est injuste.

Vous vous demandez peut-être : mais pourquoi faire grève ? Mais parce qu’on a déjà tout essayé ! Demander gentiment une vie digne, attendre la fin de la crise, négocier, signer des pétitions, manifester… On a déjà tout essayé. Il ne reste qu’à désobéir : ne pas aller travailler. Comme certains étudiants, le jeudi, ne vont plus à l’école. On n’obtiendra peut-être pas tout tout de suite. Mais au moins, on aura essayé. Pour ne pas se contenter que des miettes. Pour essayer de diminuer les inégalités. Et pour essayer aussi de ne pas foutre en l’air la planète.

Aujourd’hui, on a des tas de bonnes raisons de faire grève. Je vous ai expliqué les miennes, et j’espère qu’on va pouvoir rajouter les vôtres.

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